Zone libre et Occupation
Le régime de Vichy haut ▲
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Dès lors, le culte du maréchal s'empare de tous les vecteurs : la presse, les associations, l'école, les municipalités. Si les dirigeants des années 30 n'ont été que des "incapables" et des "petits hommes politiques", le chef de L'Etat Français est, en revanche, présenté comme "l'homme que la Providence a préservé pour le salut du pays". S'ensuit un véritable culte maréchaliste ou "pétinolâtre". Pétain est souvent qualifié de "sauveur", "homme providentiel", "grand chef", "Pétain le sage", "père et chef","incarnation du génie national". Villeneuve-Loubet devient "la terre du maréchal" et la vallée du Loup, "la vallée du maréchal".
La jeunesse, par l'intermédiaire du scoutisme, des chantiers de la jeunesse, du sport, constitue l'une des premières cibles de l'embrigadement maréchalistes (1).
Nice, à la pointe de l'action "révolutionnaire nationale", est surnommée "fille aînée de la Révolution nationale".
(1) D'après Jean-Louis Panicacci, les Alpes-Maritimes, 1939-1945, un département dans la tourmente, Editions Serre, 1989.
La collaboration haut ▲
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Une dizaine de conférences politiques d'esprit collaborationniste ont lieu à Nice et à Cannes d'août 1941 à octobre 1942.
Le Parti populaire français (PPF) demeure le mouvement le plus homogène, ambitieux et puissant (715 adhérents en 1942) de l'extrême droite azuréenne, plaçant ses hommes dans les états-majors de la Légion française des combattants (LFC), Service d'ordre légionnaire (SOL), Légion des volontaires français (LVF) à Nice, Cannes, Grasse, etc. Le SOL avait été créé en août 1941 sous l'impulsion de Gombert, Gallet et Bassompierre, par Joseph Darnand, dans le but de s'ouvrir à des jeunes n'ayant jamais combattu mais aspirant à une Révolution nationale musclée. Le premier défilé des SOL a lieu le 9 octobre 1941 à l'occasion de la venue de l'amiral Darlan. Leur organe de presse, la Trique, dont le premier numéro sort en avril 1942. (p.129)
Le Parti franciste est plus influent à travers la Jeunesse de France et d'Outre-Mer (JFOM), qu'il parvient à noyauter début 1942 en plaçant 7 membres sur 10 au sein du directoire.
Un organisme favorable à l'entent franco-allemande voit le jour à Nice en décembre 1941, et en février 1942 à Cannes : le Groupe Collaboration (GC). Son activité est essentiellement consacrée à la propagande, notamment sous la forme de la diffusion de L'Union française et de conférences prononcées par des orateurs locaux ou allemands (professeur Grimm, docteur Zapp), attirant entre 350 et 1 000 auditeurs, généralement issus de la bourgeoisie puisque le GC est le mouvement le plus mondain. Durant les réunions, on fait la quête en faveur des "victimes de la RAF" et on observe une minute de silence à la mémoire des morts issus de la LVF et des "colonies attaquées par les Anglais"
D'après Jean-Louis Panicacci, Les Alpes-Maritimes, 1939-1945, un département dans la tourmente, Edition Serre, 1989.
La répression par Vichy haut ▲
Chronologiquement, c'est la 1ère (par les autorités vichystes et par les mouvements collaborationnistes) : de l'été 1940 à l'automne 1942.
Puis, répression italienne : de novembre 1942 à août 1943
Puis, répression allemande : de septembre 1943 à octobre 1944
La répression (par Vichy) vise essentiellement les propagandistes gaullistes et communistes, les premiers étant généralement moins lourdement condamnés que les seconds. L'un des premiers arrêtés est le commandant Corniglion-Molinier, le 5 janvier 1941. Le 26 octobre, 35 arrestations sont opérées parmi les cheminots du dépôt St-Roch.
Francis Basin, responsable du réseau SOE "Urchin" ("Garnement"), est arrêté à Cannes le 18 août 1942 par deux inspecteurs de la Sécurité du Territoire et emmené à Nice où il est mis au secret, avant d'être transféré à Lyon le 9 septembre.
Le 4 novembre, la 18e brigade mobile arrête 14 responsables du mouvement Libération-Sud, portant un rude coup à l'organisation clandestine et semant la suspicion parmi les cadres ayant échappé au coup de filet.
La répression ne se limite pas à des arrestations et à des condamnations : elle comprend également l'internement administratif, l'éloignement du département, les menaces et les voies de fait, la déchéance de titres (légion d'Honneur).
Rafle d'août 1942 :
La communauté juive des Alpes-Maritimes compte, en mars 1942, 12 717 personnes déclarées, dont 7 554 étrangers, contre 11 702 dans les Bouches-du-Rhône, 1 646 dans le Var, 1 458 dans le Vaucluse, 156 dans les Basses-Alpes. Le Judenreferent SS Dannecker séjourne à Nice du 12 au 14 juillet afin de prendre des contacts avec les autorités policières françaises et de se faire une idée sur la concentration des Juifs sur la Côte d'Azur. A la suite de cette mission, le préfet Ribière reçoit la consigne de prévoir un local susceptible de recevoir 3 000 personnes à proximité d'une gare, et arrête son choix sur la caserne Auvare. Tout au long du mois d'août, Ribière reçoit d'autres consignes relatives aux nationalités, catégories d'âge et situations familiales des Juifs étrangers à déporter. La rafle, effectuée par des policiers et gendarmes, débute à l'aube du 26 août (1942). Le 28 août, 610 personnes arrêtées dans les Alpes-Maritimes et 45 dans les Basses-Alpes sont internées à la caserne Auvare, soit 37 % du total prévu.
L'arrivée d'un nouveau préfet des Alpes-Maritimes, Jean Chaigneau, va impulser l'assouplissement des autorités préfectorales à l'égard des Juifs. Chaigneau déclare :" Je n'admettrai désormais aucun acte arbitraire à l'égard des Juifs se trouvant même en situation irrégulière ou illégale. Je ne veux pas laisser aux Italiens le noble privilège d'être les seuls défenseurs de la tradition de tolérance et d'humanité qui est pourtant celle de la France."*
D'après Jean-Louis Panicacci, la Résistance azuréenne, Edition Serre, 2003.
* in Léon Poliakov, La condition des Juifs en France sous l'occupation italienne, Paris, CDJC, 1946.
L'opinion publique haut ▲
Nice, baptisée "fille aînée de la Révolution nationale" .
Les occupants haut ▲
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Un décret du 30 juillet 1940, le « Bando Mussolini » définit la nouvelle organisation des territoires annexés. Le pouvoir est aux mains des commissaires civils. Les élus et les fonctionnaires français, s’ils restent en place, sont révocables à tout moment. Les échanges commerciaux avec la zone dite « libre » sont rendus impossibles, la lire italienne a cours légal (le franc peut circuler, mais à un taux très défavorable). Quant aux tribunaux, ils dépendront désormais de la cour d’appel de Turin…
GAUTHERET Jérôme et WIEDER Thomas, Ceux de 1940, Fayard, 2010.
La répression par les occupants haut ▲
[Les services du SIPO-SD (" Gestapo ") de Marseille mènent une action redoutable contre les organisations de Résistance. Dans le cadre de l’« affaire Flora », plus d’une centaine de résistants de Combat sont arrêtés en 1943. La Gestapo arrivera alors à remonter jusqu’à Lyon et à Jean Moulin.] *
C'est en mai-juin 1943 que la répression italienne a été la plus massive, avec 250 arrestations au cours de la seule nuit du 7 au 8 mai 1943. Ce sont les Mouvements Unis de Résistance qui en sont les principales victimes.
- Concernant les Juifs, l'administration italienne fait preuve de plus d'indulgence que l'administration française.
Une délégation de la Gestapo s'installe à Nice en septembre 1943. Elle est dirigée au début par Von Radsch-Junker puis, d'octobre 1943 à mars 1944, par le Hauptsturmfuhrer Redzeck - provenant de Toulouse - enfin par l'Obersturmfuhrer Keil. Ses services occupent des bâtiments cossus du Cimiez (Hermitage, Villa Trianon) et de Cannes (Villa Montfleury).
Le nombre des arrestations opérées par les autorités allemandes est inférieur à celui de l'occupation italienne (1 229 contre 1 366), mais les conséquences sont plus dramatiques puisque 397 Azuréeens sont déportés en Allemagne pour faits de résistance. Ce fut le cas de Pierre Bertone (réseau Buckmaster), Raoul Brès (réseau Alliance), René Meffre (groupe Rémy), Philippe Rochat (directoire MUR) ou encore le poète André Verdet. On dénombre 169 Azuréens exécutés ou achevés sur place.
Deux villages sont particulièrement visés par la répression allemande : Puget-Théniers et Gattières. Le premier est investi le 3 mai 1944 par des soldats de la Wehrmacht et des représentants de la Gestapo recherchant des armes parachutées. Deux officiers qui avaient découvert 2 tonnes de matériel dans une grande du quartier du Breuil sont tués par les résistants du groupe François qui parviennent à fuir, à l'exception du radio Joseph Cabot, tué au cours de la fusillade. Gattières est cerné par une compagnie allemande à l'aube du 31 mai 1944, à la recherche d'une caisse d'armes. Les hommes de la Gestapo se font remettre une liste de 22 hommes pour le STO : 5 d'entre eux - considérés comme gaullistes impliqués dans l'affaire de la caisse d'armes introuvables - sont désignés pour la déportation en Allemagne, les autres sont affectés en France.
Les Alpes-Maritimes - 1939-1945 - Un département dans la tourmente, Editions Serre, 1989.
*Robert Mencherini
Les bombardements haut ▲
Du 11 novembre 1943 au 14 août 1944, les Alpes-Maritimes sont l'objet d'une vingtaine de bombardements aériens anglo-saxons visant les ponts enjambant le Var, des installations industrielles (usines de La Bocca, scierie du Suquet d'Utelle, cimenterie de La Grave de Peille), ferroviaires (dépôt SNCF de Nice-St Roch) ou portuaires (Nice), qui font 455 tués, 740 blessés et 9 380 sinistrés. Les trois communes du département les plus touchées par les bombardements sont Cannes, St-Laurent-du-Var et Nice.
Cannes est notamment attaquée dans la nuit du 11 au 12 novembre 1943 par une trentaine d'avions déversant près de 200 bombes explosives ou engins incendiaires sur la gare de La Bocca, l'aérodrome de St-Cassien et le quartier du Grand Jas.
St-Laurent-du-Var est attaqué pour la première fois le 24 novembre 1943 puis sera visé à 13 reprises jusqu'au débarquement de Provence.
Quant à Nice, elle est bombardée à 8 reprises à partir du 14 novembre 1943. Le bombardement le plus meurtrier est celui du 26 mai 1944, lorsque des bombardiers de la RAF pilonnent la gare St-Roch et font 384 tués, 480 blessés et 5 600 sinistrés dans les quartiers Pasteur, Abattoirs, Riquier et République.
Dans le département, les dégâts s'accumulent : 827 immeubles détruits ou endommagés au cours du quatrième trimestre 1943, 802 au cours du premier semestre 1944 ; les ponts du Var, de la Manda, Charles-Albert et Durandy sont hors d'usage ou seulement empruntables par les piétons début août 1944.
Les Alpes-Maritimes - 1939-1945- Un département dans la tourmente, Editions Serre, 1989. (p.209-210)


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